Le colis du futur – histoire courte

histoire-fantastique-inachevee-colis-du-futur

Une histoire fantastique inachevée qui se déroule dans un futur (assez) proche. N’ayant pas eu l’inspiration sur ce qui pourrait se passer dans la suite du récit je l’ai laissée en l’état.


Jeh avait commis une erreur. Une qu’il avait du mal à oublier. Et à se pardonner. Une erreur de débutant. Ses propres parents auraient été honteux. Si seulement ils avaient encore été de ce monde. Pour cela il lui aurait fallu pouvoir remonter dans le temps. Chose pas vraiment impossible – la technologie existait depuis déjà une bonne décennie – mais encore aurait-il fallu qu’il en ait les moyens. Ce loisir seuls les plus nantis pouvaient se l’offrir. Il existait bien des loteries et autres jeux concours qui laissaient miroiter la possibilité aux communs des mortels de goûter à ce nouveau type de voyage, mais rares étaient les élus. Et encore plus rares les témoignages sur leurs expériences. A croire que ces voyages dans le temps vous transformaient pour toujours. Vous laissant dans la bouche un goût étrange. Indéfinissable. Indescriptible. Intraduisible sur le papier ou pendant des entretiens holographiques.

C’était par le plus grand des hasards que l’exploitation des failles temporelles avait été découverte. Un jeune prodige avait trifouillé quelque chose dans le domaine quantique au hasard d ‘une expérience qui touchait plutôt à la transformation moléculaire – un alchimiste moderne en quelque sorte qui s‘était découvert l‘âme d‘un inventeur. Un peu comme Christophe Colomb qui à son époque avait pris la mer pour conquérir les Indes et avait au final découvert les Amériques, ce jeune prodige avait mis la main sur la plus grande découverte des dernières années. Son nom était connu de tous. Il avait fait la une de nombreux journaux. Sans parler des multiples reportages. Il avait même eu le droit à son propre film pour lequel les plus grands producteurs avaient réussi à allonger suffisamment d’appât du gain en royalties pour décrocher l’aval de la star montante du 7e art. Le film avait obtenu le succès commercial attendu. Voire plus. En revanche point de reconnaissance dans le domaine artistique. C’était un film tourné dans les confins de la Sibérie par un réalisateur austro-estonien qui avait cette année raflé la mise. Ce jeune prodige, cela faisait à présent quelques années que plus personne ne l’avait revu en chair et en os. Il vivait reclus, selon les informations qui filtraient, quelque part sur une île. Au large de la Patagonie. Il devait y faire bien froid. Mais cela ne le gênait nullement car sinon on l’aurait bien revu à un moment ou un autre sur les rives d’une île paradisiaque ou déambulant à l’ombre de palmiers dans une cité du littoral méditerranéen.

Jeh avait remué sa piteuse maison de fond en comble. Mais il n’avait pas réussi à mettre la main dessus. Tant d’effort en vain. Pour que tout soit ruiné en l’espace de quelques instants d’inattention. Il aurait dû faire plus attention. Être bien plus vigilant. Il faisait sûrement trop confiance en son instinct. Il aurait dû se douter que cette solution n’était plus adéquate. Depuis qu’il avait perdu toutes ses économies dans les paris il aurait dû savoir que de l’instinct il n’en avait plus. Lui qui avait réussi dans sa jeunesse à se bâtir une réputation de grand veinard avait vu sa chance tourner dangereusement. Il avait brûlé tous ses crédits. Il aurait dû le voir venir. Et se préparer à cette éventualité plutôt que de brûler tous les bouts de chandelle. Il était à présent bien avancé. Sans économie devant lui. Et sans avenir non plus. Il lui restait peu de possibilités. A moins que la chance tourne.


 

– Qui est là?

– Votre facteur. J’ai un colis pour vous.

Le pas hésitant et fatigué. Pas encore eu assez de sommeil la nuit dernière. Je n’ai pas les idées très claires. Le troisième verre de whisky hier soir a été celui de trop. Qui peut bien m’avoir envoyé un colis. Je devine derrière la porte le regard impatient du facteur, agacé de devoir m’attendre pour poursuivre sa tournée.

– ll est gros ce colis?

– Pas vraiment.

J’entr’ouvre la porte. Pas la peine de l’ouvrir en grand. J’en suis d’ailleurs soulagé. Car sinon il aurait fallu que je prenne le temps d’enfiler un déguisement. Voilà bien longtemps qu’on ne m’a pas vu dans la presse. Mais il suffirait d’un seul écart pour que le malheur s’abatte sur moi. Je tends la main par la porte entr’ouverte.

– Il vous faut signer cela s’il vous plait, dit-il en tendant un papier et un stylo par la porte entrebâillée.

Le facteur ne semble pas plus étonné que cela par mon comportement. Il doit en voir des bien plus étranges que moi. Je m’astreins à sa demande avec le même stoïcisme, et lui tend le papier et son stylo en retour.

– Tenez. Voici votre colis.

Je jette un coup d’œil et aperçoit un paquet dans sa main qui est effectivement relativement petit. Il n’est pas plus gros que ma main. Autrement dit pas de souci pour le passer via l’entrebâillement.

– Je vous remercie, finis-je par lui dire pour écourter cet échange qui a déjà trop duré à mon goût tout en tendant la main dans sa direction

– Tout le plaisir est pour moi. Bonne fin de journée à vous, annonce-t-il non sans une pointe de reproche en me remettant le colis avant de me tourner le dos et partir d’un bon pas vers sa prochaine destination.

Me voilà à nouveau seul. Je soupire de soulagement. Seul et avec un colis dont j’ignore encore l’expéditeur et le contenu. Mais plus pour longtemps. Je referme la porte. Doucement. Et retourne à mon atelier, non sans m’interroger sur cet étrange colis.

 


Photo credit: Smithsonian Institution / Foter / No known copyright restrictions

Rendez-vous sur Hellocoton !

Envoyer une réponse

Votre email ne sera pas publié. Les champs nécessaires sont indiqués par