La lettre – histoire courte

la lettre

Une enveloppe colorée repose sur mon lit. Voilà tout ce que je discerne sans mes lunettes. Je connais seulement son expéditeur ; on me l’a annoncé. Je devine déjà la teneur de la lettre. Mes lunettes. L’image devient nette. C’est une enveloppe aux couleurs pastel.

Fébrilement je l’ouvre avec un couteau. Quatre feuilles de papier remplies recto verso d’une même écriture que je reconnais entre mille. Prendre le temps de m’asseoir confortablement pour ne pas gâcher le moindre mot. Me tenir dans un lieu à l’abri de toute distraction ou nuisance.

Assise en tailleur, le dos contre le dossier du lit j’entreprends la lecture.

 

On m’y parle d’aventures plus extraordinaires les unes que les autres. D’une terre au climat rude. De périples mémorables que peu ont la chance de connaître. J’en ai l’eau à la bouche. Déjà, la quatrième et dernière feuille. Prendre le temps de bien lire chaque ligne pour prolonger le plaisir. La vitesse de lecture se ralentit au fur et à mesure que la fin se rapproche.

Le dernier mot. Le mot de la fin. Celui-là on ressent la curieuse envie de le relire encore une fois et parfois même plus. Certainement l’envie de demeurer encore quelques minutes bercé par les mots. Hélas ce stratagème n’est pas infaillible et bientôt il faut revenir sur terre. Alors pour consolation et en geste désespéré on se rue sur une feuille de papier. On veut écrire à son tour. On nourrit l’espoir de pouvoir donner les moyens à l’autre de partager ce sentiment. Egalement l’espoir égoïste de recevoir en réponse une nouvelle lettre. Mais pour réussir cette tâche il faut avant tout se plonger dans une atmosphère propice. Le son des cigales le soir semble tout indiqué. Il fait naître des idées. Des idées étranges et amusantes. De quoi ravir le destinataire. Des idées innovantes. Les moindres événements quotidiens revêtent alors un ton aventurier et hors du commun. Il faut captiver. Raconter des histoires farfelues devient même envisageable, et bien souvent envisagé. Une fois lancé et pris dans le piège de l’écriture on ne se reconnaît plus. On se découvre soudainement l’âme d’un écrivain en herbe. Chaque mot est une expression spontanée. Les idées viennent par dizaine et se succèdent ; le plus dur est d’apprendre à les saisir au vol pour ne pas en laisser s’en échapper une seule. Ne pas laisser s’envoler celle qui saura témoigner au mieux notre sentiment présent. Pour cela il faut écrire le plus vite possible. Ne plus prêter attention à ce que l’on écrit. Se détacher de la feuille de papier et de l’encre qui l’envahit peu à peu. C’est par des années de pratique qu’on apprend à prolonger le temps de grâce. Et pour ma part je n’en suis qu’à mes premières et le temps de grâce vient de se dissiper. Je dois donc me résigner ; lever ma plume, la reposer à côté de moi et attendre que la muse accepte de revenir à mes côtés pour quelques instants. Ce qu’elle ne semble pas vouloir faire. Elle a dû aller rendre visite à un autre écrivain en herbe. Adieu donc pour ce soir.

 


Photo credit: zigazou76 / Foter / CC BY

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