Programme TV pour la jeunesse et imaginaire

programme TV pour la jeunesse

Comme beaucoup de ma génération j’ai grandi en regardant les dessins animés qui passaient sur nos écrans télé via les programmes télé pour la jeunesse, notamment via le programme TV Youpi! L’école est finie sur la 5 et le programme TV Croque Vacances. C’était l’époque des premiers anime tout droit venus du pays du soleil levant. Avant que quelques années plus tard les mangas arrivent à leur tour en force en France dans les rayons des librairies et fassent le plaisir des nostalgiques de cette époque ainsi que des nouveaux adeptes.

Je dois le reconnaître, j’ai consommé dans ma jeunesse beaucoup d’heures de dessins animés et aussi de séries et téléfilms qui étaient alors diffusés sur les heures de grande écoute pour la jeunesse. Je me rappelle peu du contenu des nombreux épisodes que j’ai regardés mais je me souviens presque sur le bout des doigts des génériques des dessins animés et séries nombreux programmes pour la jeunesse. Bouba, Goldorak, En route pour l’aventure, Silas, Le Vagabond, pour n’en citer que quelques uns figurent parmi bien d’autres qui peuplent ma mémoire. Sans oublier les générique d’introduction des programmes eux-mêmes, comme celui du programme TV Croque Vacances.

 

 

Je me rappelle aussi des débats qui survenaient à l’époque sur l’influence néfaste de certains de ces dessins animés. On disait qu’ils exposaient à trop de violence. Plus tard j’ai appris que certains épisodes avaient été censurés (raccourcis voire éliminés de la programmation) car jugés trop violents ou indécents pour le public auquel j’appartenais à l’époque. Je pense notamment à la censure sur des dessins animés tels que Max et Compagnie, Nicky Larson et même Les Mystérieuses Cités d’Or. Je ne compte pas entrer dans ce débat de l’époque sur la violence et indécence de certains de ces dessins animés pour un public d’enfants. Ce qui m’intéresse, c’est de dresser un bilan des influences des dessins animés de mon enfance sur la lectrice et l’auteur amateur que je suis devenue. Car, après tout, le contenu télévisuel de ma jeunesse m’a tout autant influencé que les nombreux livres que j’ai lus et films que j’ai vus.

Suis-je une digne enfant des programmes télé pour la jeunesse, notamment du programme TV Youpi ! L’école est finie ? Cela se voit-il dans mes choix de lectures et d’écritures ? Le résultat dans les lignes qui suivent.

 

Le programme TV pour la jeunesse: une culture populaire qui fédère ma génération même au-delà des frontières

C’est toujours avec un plaisir non dissimulé que je retrouve au hasard des sites internet, des ouvrages, de mes rencontres avec les gens de ma génération, l’influence qu’a eu cette vague de dessins animés sur notre culture et notre mémoire collective.

Réunissez un groupe de trentenaires/quadra, fredonnez le générique d’un dessin animé et vous sonnerez un signe de ralliement qui conduira presque immanquablement à se rappeler d’autres dessins animés ou séries qui ont bercé nos jeunes années et parfois aussi, si on est chanceux, à remettre enfin le doigt sur un programme pour la jeunesse dont on n’avait comme souvenir qu’une simple image, une bribe de générique ou le souvenir du nom d’un personnage.

D’expérience, ceci fonctionne aussi avec les personnes de cette même génération qui ont grandi dans des pays hispanophones. Avec fierté elles vous expliqueront que certains des dessins animés que vous venez de mentionner sont des productions d’origine espagnole et se mettront à entonner le générique en espagnol (note: Wikipedia indique que les productions qu’on m’avait indiquées comme hispaniques sont pour être exact des production hispano-japonaises). Bien que je n’aie pas eu l’occasion de le tester, il est fort probable que fredonner un générique déclenchera aussi une réaction parmi les représentants d’autres langues que l’espagnol, notamment en italien (j’ai lu que certains des génériques de dessins animés ont été conçus d’abord pour leur diffusion en Italie, mais je n’ai pas plus creusé ce point). Toutefois pour vous mettre sur la piste si vous êtes amenés à discuter avec des hispanophones, essayez avec Le tour du monde en 80 jours et voyez la réaction que vous provoquerez. Si vous êtes curieux, je vous laisse apprécier sans plus attendre la version originale en espagnol.

 

Les programmes télé pour la jeunesse m’ont fait découvrir des classiques de la littérature occidentale

Ce sont bien les dessins animés qui m’ont fait découvrir quelques-uns des grands classiques de la littérature; quelques-uns des grands héros de romans. Et je dois bien l’avouer, les dessins animés diffusés dans les programmes pour la jeunesse ont été pendant longtemps ma seule véritable source de référence pour certains de ces ouvrages. Autrement dit je n’ai confronté que bien plus tard la véracité du dessin animé avec l’œuvre d’origine même si dans certains cas je n’ai eu aucun doute à l’époque sur le degré d’interprétation du dessin animé par rapport à l’œuvre d’origine. Après tout je savais par exemple déjà à l’époque que Sherlock Holmes et les Mousquetaires étaient des hommes et non des représentants du monde des canidés 😉

Il y a les dessins animés pour lesquels, de par mon héritage culturel (il y avait de nombreux livres qui m’entouraient dans mon cadre familial), j’ai su très tôt qu’ils venaient de grands classiques. Parmi ceux là je pense à:

 

Il y a aussi ceux que j’ai découvert plus tard être basés sur des romans considérés comme des classiques de la littérature jeunesse dans leur pays d’origine:

Sans oublier Ulysse 31, librement inspiré de l’Odyssée.

Figure également le dessin animé dont la dernière phrase du dernier épisode m’avait intriguée (la narratrice mentionnait avec malice que d’autres aventures les attendaient) et que j’ai découvert faire référence à une autre partie de l’œuvre littéraire. Piquée de curiosité, j’ai mené mon enquête et ainsi découvert que Louisa May Alcott avait écrit des suites à son oeuvre Les Quatre filles du docteur March et ai profité d’un voyage à Londres pour acquérir le volume Little Men en version originale.

 

Les dessins animés de programme TV ont développé ma croyance que la seule limite est celle de l’imagination

 

Bien des sujets abordés par les dessins animés diffusés dans les programmes pour la jeunesse des années 80 et 90 encourageaient l’imagination.

En ce qui me concerne, les dessins animés qui m’ont naturellement aidé à entretenir mon imagination sont tous ceux qui donnent une place de choix à un héros (ou une héroïne) qui a des pouvoirs magiques ou surnaturels et qui vit parmi nous sur Terre ou vient nous rendre visite pour nous aider. Ce sont en grande partie les dessins animés qui se raccrochent au genre du magical girl.

Si je dois établir une catégorisation de ces dessins-animés tout en incluant des cas qui vont au-delà du genre magical girl et des anime, je distinguerais:

  • les héros qui ont hérité naturellement de dons magiques ou surnaturels et vivent parmi nous ou nous rendent visite. Je pense à Gigi, Lalabel et même Max et Compagnie
  • les héros qui ont été délibérément choisis par une entité (généralement extra-terrestre ou magique) ou qui se sont trouvés au bon endroit au bon moment. Ce sont des héros qui se transforment sous une forme sous laquelle étrangement leur famille, leurs amis ne les reconnaissent en général qu’au moment du dénouement de l’histoire. Je pense ici à Creamy, Emi magique, Vanessa ou la magie des rêves, et même plus récemment Ranma 1/2.
  • les héros qui bénéficient d’un dispositif technologique pour se transformer. Autrement dit leur pouvoir ne repose pas sur la magie. Je pense ici au cas spécifique de la série animée américaine Jem et les Hologrammes.

 

J’ai aussi été profondément influencée par les héros qui n’ont pas de pouvoir mais qui vont vivre des aventures fantastiques pendant leurs rêves. Je pense ici aux cas de:

  • Clémentine (production française) qui rencontre des personnages historiques ou fictifs dans ses rêves. C’est probablement ce dessin animé qui m’a le plus profondément marqué sur l’étendue du pouvoir des rêves.
  • Le Magicien d’Oz qui permet à Dorothy de se transporter au pays d’Oz quand elle s’endort.
  • Alice aux pays des merveilles qui rêve elle aussi d’aventures fantastiques

Les premières paroles ou les refrains des génériques de ces dessins animés reflètent l’importance des rêves pour ces personnages. Voici l’exemple des paroles qui sont restées ancrées dans ma mémoire.

Tous les soirs quand je m’endors dans mon grand lit, je ferme les yeux et je pars loin d’ici. Dans ma tête y’a des tas d’histoires si jolies. Je suis la seule à y croire mais tant pis.

Clémentine, quand tu fermes les yeux, tu devines le merveilleux.

Je m’appelle Alice. J’ai le coeur rêveur. J’imagine en esquisse un monde de bonheur.

 

Il y a aussi tous les héros qui croient en un avenir meilleur. Qui croient en leur rêve. Ils vont relever des défis pour atteindre leur but en mobilisant leurs ressources intérieures (volonté, détermination, optimisme,..) et en comptant sur l’appui de leurs amis.

Parmi ces héros je me rappelle:

  • des éternels optimistes. Ce sont ceux qui sourient à la vie malgré toutes les malheureuses vicissitudes que leur réserve leur existence, et elles sont nombreuses. Pollyanna et Princesse Sarah sont de parfaites incarnations des héros de cette catégorie, et on peut aussi y ajouter Candy, Cathy la petite fermière. Le personnage de Pollyanna a ainsi fini par trouver une vraie famille après avoir dû faire face au fait de devenir orpheline, vivre sous le toit d’une tante acariâtre, et même devenir temporairement paralysée. Princesse Sarah essuie les jalousies de certaines camarades de son pensionnat, devient orpheline, doit alors financer sa présence sous les toits du pensionnat en devenant servante, est gravement malade à un moment de l’histoire, mais elle finira par retrouver un foyer aimant grâce à sa persévérance et foi en sa bonne étoile.
  • de ceux qui découvrent en eux des ressources qu’ils ignoraient ou n‘avaient pas dû solliciter jusqu’alors et qui en ressortiront métamorphosés. Je pense à tous les dessins animés qui mettaient en avant une discipline sportive. Il y en a eu de nombreux. En commençant par Jeanne à Serge, en passant par Olive et Tom, Cynthia ou Le Rythme de la Vie. Ceux de cette catégorie qui m’ont le plus marquée sont Une vie nouvelle (Hiatari Ryoukou en version originale) et Théo ou La Batte de la Victoire (Touch en version originale), tous deux adaptés de mangas de Adachi Mitsuru et qui mettaient en avant le baseball, sport qui m’attirait énormément à l’époque.

 

Les anime ont suscité mon intérêt pour la langue japonaise, la culture japonaise et les mangas

 

J’adorais tout ce qui touchait aux films d’animation. Un de mes rêves d’enfant était un jour de travailler comme imagineer, animateur ou concepteur d’histoires ou de storyboards.

La majorité des dessins animés  que je regardais venaient du Japon et ils ont fait naître mon intérêt pour ce pays et sa langue. J’avais envie de pouvoir comprendre ce que disaient les signes japonais que je voyais dans ces dessins animés. J’avais d’ailleurs à l’époque acheté un livre pour apprendre par moi-même le japonais. J’ai ressenti une curiosité pour une culture différente de la nôtre et qui me semblait bien intéressante à explorer. Les dessins animés dont l’histoire se déroulait au Japon m’ont fait découvrir que les étudiants portent un uniforme, qu’ils nettoient à tour de rôle leur classe, que leurs repas comptent bento, ramens, sushis.

Un jour j’ai découvert que les dessins animés japonais qui n’étaient pas inspirés de la littérature occidentale étaient presque tous l’adaptation télévisuelle de bandes dessinées japonaises, appelées mangas, qui avaient presque tous rencontrés un succès au Japon avant de voir leur adaptation pour la télévision. Cela m’ouvrait la porte à un moyen ludique de découvrir plus avant tout un pan de la culture japonaise. Je découvrais ainsi le plaisir de lire en commençant par la dernière page. De voir les personnages des dessins animés qui m’avaient marqués prendre de nouveau vie sous mes yeux dans leur character design et traits de caractère d’origine. De lire des pans d’histoires qui avaient été laissés de côté dans l’adaptation en anime. De connaître les prénoms et noms de famille d’origine des personnages (les versions anime diffusées sur nos écrans ayant à ma connaissance tous européanisé les noms des personnages). De lire les notes du traducteur qui expliquent une spécificité locale. De voir le visage du mangaka qui était à l’origine de l’oeuvre.

J’ai démarré par la lecture des œuvres d’Adachi Mitsuru dont j’ai apprécié dès les premières pages tout particulièrement le talent de narrateur, de mise en page, et aussi de dessin. Bien vite je me suis laissée conquérir par l’envie de voir ce que les autres dessins animés de mon enfance donnaient sur le papier. Pour la plupart la lecture de 2-3 pages m’a fait préféré la version en anime ou décider de me contenter de ces quelques pages. Je ne devais plus être dans la cible de leurs lectorats (je pense ainsi au cas des mangas de magical girl). Pour un petit nombre d’entre eux j’ai démarré la série et ne me suis arrêtée qu’après l’ultime volume.

Très rapidement j’ai découvert tout un nouvel univers qui répondait à mes envies de lecture: les mangas qui abordent des sujets historiques et/ou philosophiques comme les oeuvres de Jiro Taniguchi, ceux qui abordent des sujets de thriller comme 20th Century Boys de Naoki Urasawa. J’ai même eu la surprise d’apprendre que l’un des tous premiers dessins animés de mon enfance est l’adaptation d’un des mangas issus de celui qui est considéré comme le père des mangas et considéré comme l’équivalent japonais de Walt Disney. Il s’agit d’Astro le Petit Robot par Osamu Tezuka. J’ai été toute aussi surprise le jour où j’ai appris que Hayao Miyazaki était à l’origine du dessin animé Sherlock Holmes.

 

La lecture des mangas me conduit à revoir mon style d’écriture

Étrangement l’univers de la bande dessinée européenne ne me parle pas aussi facilement que la bande dessinée japonaise, à savoir les mangas. J’ai bien lu des bandes dessinées européennes parmi les nombreux tomes d’Astérix et Obélix, Lucky Luke, le Petit Spirou, Kid Paddle, Les Petits Hommes ou Gaston Lagaffe, mais je ne me suis jamais sentie aussi happée par la trame narrative que lors de la lecture de mangas. Serait-ce parce que je n’ai lu de la bande dessinée européenne que des ouvrages où chaque tome se suffit à lui-même et que je suis plus attirée par découvrir une histoire par épisode, où chaque nouveau tome est la suite du précédent ? Que le fait de lire à l’envers apporte un aspect à la lecture qui me plaît singulièrement? Que le character design japonais me parle plus que celui de la bande dessinée européenne ?

De la même manière je ne me sens pas attirée par le style des comics américains. J’ai essayé d’en lire, mais à nouveau je n’en ai pas trouvé qui me donne envie de lire en entier un numéro voire relire les meilleurs passages, puis de lire le suivant.

La lecture des mangas me rappelle à chaque fois l’importance de la mise en scène, de la narration. J’ai déjà expliqué dans un précédent article comment les mangas m’ont conduit à penser les scènes que je décris comme des plans séquences. Comment les mangas qui mettent en avant le dessin plutôt que le texte ont développé mon envie d’aller à la simplicité, de faire passer une émotion via le choix des mots, le flot de la narration, le rythme, les angles d’écriture.

Je dois bien l’avouer il m’est déjà arrivé d’essayer d’imaginer ce que les trois volets de La Grande Traversée pourraient donner si j’avais pu leur donner vie sous forme de dessin animé ou de manga, s’ils étaient diffuser dans un programme pour la jeunesse. Cela est un autre sujet.

 

Pour en savoir plus, vous pouvez suivre ces liens:
Youpi ! L’école est finie (source:wikipedia)

Rendez-vous sur Hellocoton !

1 commentaireLaisser un commentaire