Schlak – histoire courte

schlak dans la savane

Perché sur une souche d’arbre, j’attends patiemment. Depuis maintenant des heures. Sortir maintenant de ma cachette, me précipiter, serait trahir ma présence et ruiner toute chance de succès. Je dois attendre LE moment propice. Je ne pourrai agir qu’une seule fois. Et il faut que cette unique fois soit la bonne. J’attends donc ; encore…

 

La faim se fait sentir de plus en plus. Elle me ronge à petit feu. Bientôt je n’aurai même plus la force de penser…

 

Les alentours sont toujours aussi déserts. Nulle âme à la ronde. Que peuvent-ils bien faire ? D’habitude ils traînent toujours dans les parages. Je l’ai noté d’une croix dans ma mémoire ; c’est là le point de ralliement. Je commence maintenant à douter. Peut-être me suis-je trompé. Remarquez ce ne serait pas la première fois. Ni la dernière. Il faut dire que mon sens de l’orientation n’est pas des plus acérés. Une chance que je ne me sois encore jamais perdu une fois pour de bon. J’ai bien essayé de corriger ce défaut de calibrage mais ce fut sans succès. Je suis comme je suis et je dois apprendre à faire avec. Peu importe que je sois la risée de tous les autres. Je m’en fiche. Quoiqu’ils puissent dire je garderai toujours la tête haute et ma dignité. Pas question de me résoudre à utiliser une boussole ou tout autre outil pour me repérer. Mon rang ne me le permet pas. Tant pis si mon orgueil doit me condamner à mourir de faim ou de soif. De toute façon, après intense réflexion, le port d’une boussole ne me siérait pas. Bien au contraire. Ce serait disharmonieux avec mon allure et la couleur de ma robe. De plus cela ne ferait que m’alourdir alors que je suis connu pour la vitesse de ma course. Pas question de perdre du temps avec le poids d’un objet encombrant dont d’ailleurs je viens de réaliser je ne saurais même pas me servir.

 

La fatigue commence à m’atteindre. Je crois que je ne mangerai pas encore aujourd’hui. Essayons de voir les choses sous un jour positif. Ce n’est pas si grave que cela si je dois sauter encore un repas. Je suis habitué à me faire ceinture. Depuis maintenant deux jours. Je me demande quand même si je ne ferais pas mieux de définitivement me mettre à la verdure. Devenir un herbivore. Cela me ferait des soucis en moins. Pas besoin de courir à gauche et à droite en quête de nourriture. Je n’aurais qu’à me baisser pour en trouver à chacun de mes pas. Et écarté aussi pour toujours le sujet de mon défectueux sens de l’orientation.

C’est décidé ! A partir de ce jour je serai un herbivore.

Hum, hum ! Petits et grands, amis à quatre ou deux pattes, à poils ou à plumes, vous avez l’honneur de connaître le premier guépard herbivore. Approchez-vous. Venez voir de vos propres yeux. Ce n’est pas donné à tout le monde que de rencontrer un individu de mon espèce. N’attendez plus. Vous qui faisiez auparavant le délice de mon palais, vous n’avez dorénavant plus à me craindre. Je suis votre meilleur ami. Je ne vous veux plus aucun mal. Vous pouvez donc aller en paix gazelles, antilopes, autruches, et tous les autres. Allez. Approchez. C’est sans risque. Je ne vous ferai aucun mal. Parole de guépard herbivore ! Oui, c’est cela. Un peu plus près. Encore. Approchez, approchez. Vous n’allez pas en croire vos yeux…

 

Schlak !!!!

 

Ha ! Ha ! Ha ! Je vous ai bien eu ! Jouer de votre naïveté est véritablement un jeu d’enfant. A chaque fois vous vous faites avoir. Dieu que je suis un animal rusé ! Mon intelligence m’étonne parfois moi-même. Il est vrai que cette tactique est le fruit de nombreuses années de pratique. Je suis aujourd’hui suffisamment rôdé pour qu’elle fonctionne à chaque fois. Ce n’est pas pour rien que je suis entré dans la légende comme l’être le plus férocement rusé de la savane. Je suis le premier et le seul représentant d’un genre nouveau. Le félin intelligent qui sait prendre par les sentiments. Je suis, il faut l’avouer, un excellent comédien. Les leçons particulières y sont certainement pour quelque chose. Là encore j’avais réussi à embobiner. En guise de paiement et gratitude j’ai dévoré mon professeur…Trêve de bavardage. Je dois m’en aller à présent. Avant que ma couverture ne soit découverte et ne ruine mes chances de réussite la prochaine fois. Mais si je peux me permettre un dernier conseil avant de vous laisser, surveillez bien vos arrières et ne faites pas confiance à n’importe qui. Surtout pas aux bipèdes. Qui sait ce qui pourrait vous arriver. Vous pourriez tomber sur encore plus féroce que moi.

 


Photo credit: thiery49 / Foter / CC BY-NC

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